dimanche 17 novembre 2013

La pensée politique arabe de Mohamed Abed Jabri (suite 5)

La pensée politique arabe
de Mohamed Abed Jabri (suite 5)
Une lecture critique Nadhir Jahel. traduction de la langue arabe.
Revue Exégèse (IJTIHAD) N° 15/16 printemps-été 1992.

L’esprit de corps symbolique :
La prédication de la révélation a revêtu, dès son début, avant l’Hégire (l’émigration), une forme spécifique différente de la ligne des révélations qui l’ont précédé, continuellement, dans les sociétés primitives, qui se trouve une forme miraculeuse d’éloquence révélée. Pour quelle raison la révélation s’est-elle rattachée, au renoncement au polythéisme, dans la presqu’île arabique, à cette miraculeuse éloquence de la langue ?
Il nous semble que deux questions liées, relatives à la langue de la révélation, n’ont pas été l’objet de recherche, dans le domaine de l’Islam, pour découvrir leur essence  La première est que le miracle, en tant qu’éloquence, qui renforce la relation entre la signification et le signifiant, qui émane directement de la décomposition du significateur dans le langage de la magie(idolâtrie, magie), qui ébranle le champ de représentation de perception…
Est-ce qu’il fallait, pour la dernière révélation,  s’attaquer aux racines de la déviation du monothéisme, par une déviation dans le domaine de la communication et du contact dans l’existence-de l’homme- dans l’univers ?
Est-ce, compte tenu que le polythéisme, comme il est apparu, en lieu et époque, lors de la révélation, était la conséquence d’une pareille déviation ?
Ou, que le message est apparu, là où a été constaté le polythéisme, de cette façon, pour clore la communication existentielle divine avec la langue, dans une langue de l’homme, qui se révèle dans une forme que l’homme ne peut maitriser ?
Une méditation qui ouvre l’Islamisme, sur les sciences de la communication et la langue, qui nous porte à réexaminer le sens du miracle, qui demeure malheureusement réduit, cantonné, dans le dilemme posé par Tahaa Hussein et la réponse qu’il appelle ?
En réalité, l’interaction  de l’Islam avec la formation sociale, à travers l’affrontement des Idoles, par la langue miraculeuse, était une façon de résoudre le fond du déséquilibre, partant d’un modèle révélé unique, et ce en vue de relancer les orientations du monothéisme latent, dans les autres niveaux de cette formation primitive de rapprochement familial, la distribution des richesses… ou pour affaiblir les directions de concentration de puissance qui y dominent. Affronter les idoles par le miracle de l’éloquence linguistique : car les idoles en tant que dénomination vide, c’est elles qui rendaient la formation « primitive » clanique possible, et continue, car elles lui assurent le champ conceptuel-linguistique, qui permet sa reproduction. Est-il vrai, que les dignitaires de Koreich ne se seraient pas aperçu de la gravité de cet affrontement « linguistique »
Est-il  vrai, qu’ils n’auraient défendu leurs idoles, que pour des considérations économiques (comme s’ils étaient les adeptes de la méthodologie fonctionnelle économiste ?) :
Suivons, de nouveau, l’évaluation de Jabri du rapport de Koreich avec leur langue et leurs idoles,  leur réaction à la révélation, et à la nature de cette révélation dans sa première phase :
« En réalité, les idoles n’étaient pas pour Koreich ce « sacré » auquel les gens s’attachent, et se sacrifieraient pour les défendre, compte tenu de leur sacralité, et n’étaient point des idoles nationales dont les gens se révolteraient pour défendre, et se sacrifieraient, lorsqu’elles affrontent « l’autre », qui possèderait ses propres idoles nationales.
Non, les idoles de Koreich et leurs divinités étaient, avant tout, une source d’enrichissement et le fondement de l’économie ;  Mecque était un centre des divinités tribales arabes et leurs idoles, à laquelle on faisait le pèlerinage et les offrandes et autour de laquelle se tenaient les marchés… »
Oui, ce ne sont pas les idoles pour elles-mêmes, ce sacré dont les gens s’y attachent, cependant, elles sont son motif, et une manifestation qui ne se détache guère de la formation de la société Korachite, et il est vraiment étonnant de séparer, l’apparition des centres commerciaux, de l’apparition des centres de prière. Mais, il est plus étonnant encore de considérer que le combat des idoles ne signifierait que de s’en prendre à la coutume du pèlerinage(n’est-ce pas cela de prendre les sages de Koreich en dupes !) et, ne serait pas l’ensemble de l’ordre prévalant, dont ne s’en détachent ces traditions…
Qu’est-ce qui fait que Jabri, encore une fois, conclut que les dignitaires de Koreich étaient des adeptes de ce « trade-unionisme » ou qu’ils utilisaient, comme cela, une méthodologie qui se proclame du marxisme, et dont il est réellement une copie systématique banale.  Qu’est-ce qui l’habiliterait à parler en leur nom pour dire : « ces réserves n’empêchent absolument pas de relire la révélation de Mahomet, une lecture politique en quelque sorte. Et, ce compte tenu que les protagonistes de cette révélation, qui appartiennent à Koreich, l’ont interprété dès le début d’une approche politique, et l’ont affronté politiquement. Ils ont perçu, dans cette révélation, une attentation aux fondements de leur entité économique, et par conséquent, à leur pouvoir politique et de leur existence même.
Ainsi, l’assaut sur les idoles, et l’appel à embrasser la révélation d’un dieu unique, même si elle émane seulement du point de vue « croyance », comme a été le cas de la proclamation de la révélation de Mahomet, signifiait une invitation à détruire ce qui attachait les tribus à la Mecque pour le pèlerinage, son pouvoir économique et politique, d’une part, et, d’autre part, il n’était pas possible que la révélation de Mahomet resta « inactive » devant l’instrumentalisation de la politique, pour l’attaquer par Koreich. Mais, il était nécessaire, et c’est la loi de la vie, qu’elle combatte avec son arme propre, ou au moins de faire usage de l’arme politique, dans la panoplie de ses armes… »
L’on s’étonne qu’un chercheur, comme Jabri, explique la révélation à travers l’interprétation de Koreich, et l’on s’étonne encore plus, de sa compréhension de cette lecture.  Comment Jabri ne percevrait-il pas que deux ordres de valeurs s’affrontent dès les premières secondes ! et pourquoi, affirme-t-il que l’Islam a combattu Koreich avec ses propres armes, comme si c’était une réaction !
Qu’est-ce qui nous fait comprendre la véracité d’une telle vision ?
Après avoir présenté les bases générales des deux ordres, l’on se contentera ici de présenter une autre idée de Jabri, qui démontre l’intérêt de dignitaires de Koreich, à la langue du Coran, et leur tentative de la tenir, dès le début, en tant que langue « sacrée », dans le cadre de la défense de ce « sacré » dont Jabri n’a pas perçu que les idoles n’étaient qu’une matérialisation de sa langue; et dont l’arrêt, conduit à l’effondrement des canaux de perception-imaginative-linguistique, et par là, à l’effondrement du composant de la communauté même, et non seulement ce qu’elle possède,(alors que Jabri conçoit que ce que possède l’homme est plus important que son existence, et ceci c’est son affaire, ou de la sagesse de son marxisme économiste, que l’on ne regrette pas !  ) :
« et , sans aucun doute, le style du coran, c'est-à-dire sa composition et son éloquence ont été parmi ce qui a ébloui Koreich, car ils l’ont trouvé, plus recherchée que la rime des prêtres, la poésie des poètes, et leur idolâtrie qui occasionna, leurs différends sur la qualification qui s’y applique. Les livres sur l’exégèse, rapportent que les grands dignitaires de Koreich se sont réunis chez Oualid Ibn Moghaira, qui était leur plus grand seigneur, et ont débattu de la qualification, qui convenait sur le coran, et ont abouti à son affirmation : « le plus plausible, c’est que vous le qualifiez : de magicien qui a emmené des paroles magiques, avec lesquelles ils sépare la personne de son père, son frère, son épouse et les siens ».
Jabri n’a  saisi ce qu’affirme Mogheira, que dans la forme, c’est que Koreich a été ébloui en écoutant le coran, mais comment les dignitaires ont-ils affronté cet éblouissement ? Ils ont essayé au début « d’adopter » selon les termes de Jabri, son texte, c'est-à-dire de l’introduire dans l’ordre symbolique dominant et lorsqu’ils ont échoué Mogheira a divulgué le secret de cet émerveillement du coran à savoir, que c’est une langue qui sépare entre l’individu de son père… C'est-à-dire qu’elle menace l’ordre parental dominant et attente aux noms/divinités de « l’esprit de corps symbolique » et secoue également les fondements de l’esprit de corps de parenté, mais pourquoi Oualid l’a-t-il considéré de magie et l’a rejeté alors que son ordre symbolique ne réfute pas la magie ?
C’est une position dualiste, qui retient le discours dans ce qui est habituel et le rejette en tant que magie contre sa communauté :{Il a réfléchi et évalué effectivement (considéré réellement la situation) et a été tué, comment a-t-il évalué} alors que notre ami n’a ni considéré ni évalué !.
Alors que la seconde présente le modèle coranique révélé comme modèle qui n’hésite pas sur l’époque c'est-à-dire comme modèle qui ne peut être absorbé par l’histoire, et cet aspect est très important car il permet de découvrir la prospection monothéiste authentique du pouvoir et la révolution qu’introduit cette prospection, dans le champ tribal, dans le sens prépondérant « la décadence » sur la parenté d’esprit de corps. Si le modèle qui comprend la loi traditionnelle (chariaa) parait comme un modèle linguistique, qui n’est pas atteint par l’écoulement du temps, et les changements, et qui ne se concentre dans aucune partie qui se fonde dans son extérieur ; il infirme, de prime abord, tout pouvoir ou dominance sur le groupe qui se fonde sur cette loi.
Il s’en suit que l’idée qui considère la révélation en tant que moyen qui renforce le pouvoir de la tribu, à travers l’émigration et l’occupation, c'est-à-dire celle qui explique l’apparition de l’Etat islamique historiquement, en tant que conséquence nécessaire de la révélation, parait en tant qu’une vision artificielle imaginaire. Il est nécessaire donc, partant de cette nouvelle conception du pouvoir de bien concevoir, précisément, ce que la révélation a engendré de changement, dans le cycle de parenté, et le cycle de distribution des richesses, ainsi  cette négation de toute authenticité originelle positive du pouvoir, a ouvert une haute dynamique de grande amplitude, qui a atteint les cycles internes de distribution dans le groupe, comme elle a atteint la relation avec l’extérieur ou des relations extérieur/intérieur et aux fondements de formation de cet intérieur, en partant des changements profonds qui ont touché la logique de la parenté clanique.
L’esprit de corps parental :


jeudi 14 novembre 2013

La pensée politique arabe de Mohamed Abed Jabri (suite 4)


La pensée politique arabe
 de Mohamed Abed Jabri (suite 4)
 Une lecture critique Nadhir Jahel. traduction de la langue arabe.
Revue Exégèse (IJTIHAD) N° 15/16 printemps-été 1992.

II La représentation « de la lampe magique ».

Le passage du cadre de l’esprit de corps, à la formation générale, dévoile le degré de bassesse de cette observation automatique, qui considère la religion ou les symboles magiques,  une forme de vernis….Comme si l’homme, même s’il est  conscient de ses croyances, se trouvait dans  un état schizophrénique qui le porte à les exploiter dans des desseins de gains économiques ou politiques ne serait pas schizophrène, en tant qu’individu ou groupe personnellement,  ou comme si cet état de schizophrénie ou « d’hypocrisie »ne serait pas une situation réelle,  qui traverse les valeurs du groupe, et préside à son champ de perception imaginatif-linguistique.
Nous avons ici essayé de formuler quelques observations, qui pourraient faciliter la compréhension du modèle de société tribale, pendant la propagation de l’Islam, au début de la révélation, qui est une conception nécessaire pour présenter un ordre d’hypothèses, au sujet de cette révélation même :
Est-ce que la révélation religieuse et l’émigration, sont une résultante de conditions intrinsèques à ce modèle même ? C'est-à-dire est-ce que l’émigration religieuse était une étape transitoire de transformation, de l’esprit de corps, en un état qui se consolide sur le principe de la force ?
C’est là le fond de la vision Khaldounienne, qui s'entrecroise, volontairement ou fortuitement, avec la majorité des recherches des orientalistes et des anthropologues, car nous pouvons classer ces études, en se basant sur deux hypothèses essentielles :
La première, qui considère que l’émigration religieuse était nécessaire pour inaugurer l’histoire/l’Etat, et démontre ceci soit en se basant sur la vision parcellaires de la réalité, en niveau qui fait de la religion une donnée rattachée à l’économique ou le politique, favorisant quelques fois l’un de ces deux éléments, et,  en les intégrant parfois(les partisans de Godelier).
Et la seconde, qui fait de la société primitive une origine, et considère l’apparition de l’Islam, une déstabilisation et une corruption de cette société, qu’il va combattre.
La formation de l’Etat , considérée, en tant qu’une expression de la division du groupe social, en Gouvernants et Gouvernés. Cette déstabilisation est estimée une conséquence nécessaire et inévitable,  compte tenu que la société du passé est, fondamentalement, une société  qui s’oppose à l’Etat, c'est-à-dire qui se détermine par l’opposition à sa formation, dont il est, pour cela, porteur de son germe…
Cette théorie, nous la retrouvons principalement chez Clastre et Gaucher, et par l’expérimentation de son application pour analyser, la révélation de l’Islam dans le livre « Rodenson et le prophète de l’Islam » de Hassen Kabisi.
L’importance de cette interprétation, malgré sa tentative de brouiller les significations puisées du coran, et sa fausse présentation de la doctrine du prophète, et son attachement à la position dominante des orientalistes de l’Islam : Islam=Etat tyrannique, se trouve dans le fait qu’elle ait attiré l’attention sur l’importance du champ de perception évaluatif dans la société primitive, et de ce que nous rapporte le Coran, au sujet de cette société…
Et, en tout état de fait, elle demeure meilleure que la perception marxiste à laquelle nous ramène Jabri, d’une façon monotone et simplifiée.  Cependant l’on relève, d’après notre approche du modèle social primitif, avec lequel interagit la révélation, de prime abord, compte tenu que les deux orientations restent en dehors d’un réel dialogue ; et qui tourne autour de savoir si ce modèle, qui a conduit à travers une dynamique propre à l’émigration, et la formation de la ville(Médine),
-engendrant la naissance de dynamiques de l’histoire de l’Islam qui semblent, dans cette situation, une finalisation de sa logique,
 -au renversement de cette logique, sous l’effet de changements internes qui s’en détachent,
 -que le modèle islamique est né complètement en dehors de sa logique, et a réagi en dehors de son expression,
 -ou que la société primitive connait des variables composées et plusieurs hypothèses, en interaction avec le nouveau modèle,
- alors que d’autres sociétés se sont lancées dans un mouvement qui vise à instituer une logique contradictoire à la leur, et qui serait une logique qui n’aurait pu se développer, si ce n’était son adhésion à l’Islam, dans la mouvance l’instituant (les déliés الطلقاء …..)
La solution de ces questions ne manque pas de difficulté, et nécessite qu’une étude lui soit consacrée, aussi l’on se limitera ici, en vue de développer une démarche pour y répondre, d’explorer quelques lignes conductrices permettant de poursuivre la lecture du texte de Jabri.

L’esprit de corps symbolique :


http://ia601606.us.archive.org/0/items/94574/1516-1992.pdf


mardi 12 novembre 2013

La pensée politique arabe de Mohamed Abed Jabri (suite 3) Une lecture critique Nadhir Jahel. traduction de la langue arabe.


La pensée politique arabe
 de Mohamed Abed Jabri (suite 3)
 Une lecture critique Nadhir Jahel. traduction de la langue arabe.
Revue Exégèse (IJTIHAD) N° 15/16 printemps été 1992

.Secundo : critique du concept de clanisme chez Ibn Khaldoun :

L’intérêt essentiel  d’Ibn Khaldoun, par la définition du concept de  l’esprit de corps (asabiya),  se trouve l’affirmation du pouvoir  dominant, basé sur la force. Ce point de départ paraît naturel pour deux considérations :
La première : partir de la tradition bédouine,
La seconde : le principe général, dans ce milieu, se base sur la légalité de la force au lieu de la force de la loi.
Ce qui implique que la force se trouve au centre de la formation de l’esprit de corps en général.
Deux questions subséquentes :
-         Est-ce que l’esprit de corps est réellement le composant, qui constitue la toile de fond des relations de parenté, dans la presqu’Ile arabique au temps de la révélation ?,
-         Et, si la question se présente sous cet aspect : comment peut-on définir cette formation sociale spéciale, dont l’esprit de corps en constitue la composante ?.
Le concept de domination pour Ibn Khaldoun est très important, et nous permet à travers les études disponibles, et les recherches réalisées, de découvrir le degré de véracité du concept d’engagement de l’esprit de corps, et son acuité en tant que  « révélateur ».
Il est nécessaire, en vue de concevoir cette signification, de se représenter le constituant parenté, en partant d’un champ formé de réseaux de parenté(relations de parenté, d’alliances), complexe, enchevêtré, que signifierait la domination dans ce milieu ? Celle-ci implique l’émergence d’un ou de (plusieurs) éléments, se transformant en pôles d’attraction , qui portent la parenté, d’un moyen par lequel l’homme détermine sa position(proche, éloigné) des autres, et d’un registre dont on se servirait pour établir les liaisons dans un rassemblement, à un registre /origine qui mesure les relations et les positions, et se transforme en base de calcul de référence.
Dans ce sens, la parenté authentique ouvre une dynamique qui se base sur la concentration de la force, et son ancrage propre lui permettant de fixer ses racines dans la nature, à travers la souveraineté et l’échelle d’alliances qui porte l’origine de parenté, au stade de genre, d’espèces naturelles, qui se multiplient.
Cependant, cette forme de croissance, cette prédominance, de ces pôles d’attraction, se caractérise chez Ibn Khaldoun en tant que phénomènes temporaires et événementiels d’une situation antérieure ; Quelle est cette situation ?  Suivons attentivement ce qu’il affirme :
« L’origine de toute honorabilité est extérieur, c'est-à-dire qu’elle émane d’une présidence et d’un honneur qui la qualifie, et son contraire, l’absence d’appartenance, signifie que toute honorabilité et  appartenance, n’existait pas avant son occurrence,  comme c’est le cas pour tout événement.
 La fin du lien intervient à la quatrième génération, qui déviera de  la voie de ses prédécesseurs, en tout, et perd la continuité, comme l’on découvrira de la considération des relations entre les hommes, dont on ne sait ni comment ni la cause de son occurrence, en imaginant que c’est le lien de parenté seulement qui l’impose, alors, celle-ci s’en éloigne et ne percevrait que son mérite  sur son clan, confiante en son éducation à les suivre, en ignorant ce qui a nécessité cette relation d’appartenance… ».
Le cycle de succession entre les clans est en rapport avec cette « extériorité », qui se trouve de quitter l’honorabilité à la décadence, qui accompagne le passage de l’honorabilité d’un clan à un autre….C’est ce qu’on retient d’une première lecture du texte, mais si l’on examine attentivement sa signification ; l’on découvrira que cette situation d’instabilité, cette domination, qui ne cesse de se battre, dans un champ de forces qui s’affrontent, et qui ne peut atteindre qu’un équilibre momentané « implique que toute honorabilité, est précédée par son absence ».
Il apparaît ainsi, si l’on cerne tout honneur …et son absence, compte tenu qu’à l’origine, il n’existe aucun lien de parenté, en l’absence d’une concentration de la force, il en découle que cette concentration n’est que provisoire, et ne comprend pas les causes de son renforcement ou de sa formation, enraciné et constant, dans une partie …..
Si la condition de tout honneur initial se trouve extérieure à tout honneur ; ceci signifie que la tendance générale, à laquelle est soumis l’esprit de corps en formation, se trouve la corruption. Il n’apparait pas que l’explication générale donnée par Ibn Khaldoun de cet état de corruption, qu’il impute à l’ordre de la création, convaincant, mais parait une forme de subterfuge et d’un maquillage, par le recours à la philosophie aristotélicienne, en vue de cacher un examen critique, des fondements de la puissance dominante, s’infiltre, dans la même démarche, par laquelle Ibn Khaldoun fonde sa légitimité.
Le fondement ou la base se trouve, ici, dans la décomposition de l’esprit de corps, en formation basé sur la domination ; de même que cette domination parait comme un ordre provisoire à l’intérieur de la tribu, ordre qui ne porte pas à un clivage, qui ne tranche pas nettement entre gouvernant et gouverné. Ce fondement, cet enracinement ne se mue pas en règle, mais demeure passif, formant une barrière sur laquelle s’encastre la  mouvance de concentration. Ce qui fait que l’esprit de corps dépense une énorme énergie et consomme les relations de parenté (comme on le verra ci-après,
Cette représentation, qui nous parait proche de la logique de la société tribale, pose deux questions :
La première question :
Se rapporte au modèle de cette vie en société, c'est-à-dire sa composition, que l’on ne peut comprendre qu’à travers la façon dont il se forme pour son époque, sa situation géographique et sa langue, compte tenu que le degré de parenté bien qu’il soit ici l’origine essentiel de la force, dans l’activité du groupe, elle ne fait pas des autres positions la portée de son ombre.
Il est erroné, totalement, de croire qu’on puisse découvrir la logique de la formation générale, en commençant par tirer le principe de l’esprit de corps, au niveau de la parenté, puis de comprendre les autres niveaux comme la religion et l’économie…en les rapportant à ce principe perdu dans les dédales d’un labyrinthe, et les imaginations du type de la composition des éléments politiques et économiques, puis de les décomposer et de pondérer l’économique…Car l’important reste ici la formation générale, ce qui implique la nécessité de fixer les règles qui font qu’un composant se trouve dans ses niveaux d’échelle réelle, ou même estimative (dans un premier stade  d’analyse), en créations différentes mais qui s’assemblent, dans un seul principe, qui donne à cet élément ou à cette donnée son identité :
Lorsque l’esprit de corps, se trouve un composant du groupe en  formation, son principe doit se trouver( et les règles auquelles il se soumet) dans des formes ou créatures différentes aux niveaux de la langue, la religion et l’économie…et au niveau des liaisons qui les  relient entre-elles, mais cependant ces créatures ou ces formes nous permettent de déceler ces niveaux  et de les fixer même de façon approximative.
Nous devons, ainsi, essayer de représenter cette formation, partant de l’esprit de corps, non en tant que niveau, mais en tant que début, comme composant. D’où peut-on procéder ?.
Il apparait de ce qui précède, qu’il est nécessaire, de faire « éclater » les limites du concept d’esprit de corps, en tant que concept réservé à la parenté, en vue d’atteindre le concept du composé tribal  « primitif » général, de faire éclater ses frontières, en vue d’expliciter ce qui se passe , au niveau de la parenté, pour comprendre sa formation en général.
Que se passe-t-il au niveau du lien familial ?;
Ce que nous observons ici, l’émergence d’unités de parenté, qui concentrent la puissance, en consommant, pour cela, l’énergie des autres unités, transformant la parenté d’une langue de signaux, qu’on utilise pour observer les lignes de liaison, et les points de rapprochement ou d’éloignement entre les personnes, et d’une technique pour fixer la périodicité naturelle de succession des générations, dans un registre culturel linguistique : des liens de parenté, à une source d’énergie en s’intéressant à sa liaison à la nature, ce qui la caractérise en tant que source et centre d’attraction du pouvoir… Cette transformation de la parenté en une dynamique naturelle, qui ramène l’humain à la multiplication des genres naturels, est en opposition totale de sa fonction, en tant que langue de signalisation, qui relève  la donnée naturelle pour la classer, dans le milieu social. Et de ce point de vue conduit au cheminement de sa consommation de l’énergie parentale, à consommer l’énergie expressive c'est-à-dire à utiliser la langue qui démontre, en une langue magique, dont les significations se détachent de ses expressions.
Et l’on doit, avant de détailler «ce qui se passe à ces différents niveaux de parenté, et de langue, puis la richesse et la puissance politique,- de revenir à cette « extériorité » à la « décadence ». Que représente cette « décadence », cette situation dans laquelle l’honneur demeure le centre du pouvoir qui lui est rattaché ? Ibn Khaldoun qui cherche à ancrer la force, en vue de justifier le pouvoir basé sur l’extorquassion, le voile au niveau théorique. Mais, si l’on se réfère de nouveau à l’expression « que tout honneur ou parenté, son absence lui précède » nous découvrons que c’est une condition originaire. Une condition équilibrée : quelle est cette « décadence »?.
Elle a commencé maintenant à se dévoiler, en tant que modèle de parenté islamique. Elle se retrouve dans la société tribale, qui a dévié du monothéisme et pénétré ce champ, basé sur la concentration des forces, qui se combattent, entre leur apparition et leur déclin. C’est une situation qui ne parait pas marginalisée et défigurée, seulement, à cause de l’émergence de la domination de l’esprit de corps, en tant que déséquilibre qui la rend « indigence » et ce, après la transformation de la parenté-langue, en une réserve de parenté, que consomme le pouvoir en vue d’ancrer son identité, et la transforme en source origine, c'est-à-dire, en une nécessité de création.
Comment cette puissance adapte-t-elle l’esprit de corps, et le mène en vue d’en faire une identité d’origine, et de la parenté ancrée « indigence », elle s’adapte elle-même dans deux directions, qui apparaissent clairement, si on les cherche au niveau de la langue :
La première direction mène, à travers la continuité de la parenté de succession, des espèces naturelles, à la formation des classifications nominales, à travers lesquelles, se rattachent les ensembles, jusqu’au règne animal et végétal.
Et, la seconde, reflète les ramifications du champ parental sur les astres, et dont se forment, dans son cheminement, les constellations et les appellations divines, de sorte que « l’esprit de corps symbolique » divin se lie à l’esprit de corps humain, de similitudes et de réflexion en même temps : il a été cité dans l’interprétation de la balance : « citation du coran {Ils imputent à dieu les filles qu’il soit vénéré}Ils prennent les divinités, à l’exception de dieu ou certains dieux, en genre féminin, affirmant que ce sont les filles de dieu. Il est rapporté que les tribus de Khuzaa et de Kanana croyaient : que les anges étaient des filles de dieu.
Les apostats brahman et bouddhistes et les sabii confirment l’existence de plusieurs divinités, parmi les anges et les démons, du genre féminin, et qu’elles sont les filles de dieu.  Dans le coran, il est cité {Ils ont fait des anges, qui sont les créatures du miséricordieux, des femelles} Zokhrof 19, et d’ajouter, {ils ont érigé, entre dieu et les génies, une parenté } Safat 158. Certains ont motivé cette féminisation à cause de leur invisibilité.
Si l’on revoit les idées des idolâtres, malgré leur diversité, et dont on a cité la moitié dans la 10ème partie de ce livre,-on saura que les arabes n’ont rien inventé dans cette croyance, mais qu’elle prend racine dans les idées, des ancêtres des idolâtres en Inde, Egypte, Babylon, la Grèce et Rome.  L’examen attentif des origines de leurs idées, nous fait découvrir qu’ils prennent les anges, dont découle le bien, et les diables dont découle le mal, en tant que divinités qu’ils adoraient en les vénérant et en les craignant. Et ces principes transcendants et ces forces globales, qu’ils leurs imputent, et dont ils sont, d’une autre façon, la manifestation, se divisent en actif et réactif et considèrent, leur réunion en mariage et une dualité, dont ils qualifient l’élément actif, de père et le réactif de mère, et le résultat de leur union de progéniture, qui se divise en garçons et filles ainsi que certaines divinités, sont mères et filles, d’une part, et de père et fils, d’autre part.
Si les idolâtres arabes convenaient : que tous les anges sont les filles de dieu, affirmer qu’ils aient voulu imiter en cela, ceux qui les ont précédé, par ignorance et sans vérification. Ce texte offre une occasion unique pour clarifier ce qu’on vise par « esprit de corps symbolique », car il présente la composition de l’espace de l’idolâtrie symbolique, et sa vision des apostats en relation avec les brahman et les bouddhistes –et cela conduit à ne point séparer les idolâtres avant l’islam des apostats comme en dispose Jabri.
Comment apparait cette composition symbolique, et quelle est sa relation avec l’esprit de corps parental ? Signalons, tout d’abord, que l’interprétation de Tabtabaii, qui limite cet esprit de corps symbolique à la gente féminine, en l’imputant à l’ignorance des arabes, est faible, l’espace symbolique ne peut être analysé sur la base de l’ignorance et le savoir des ordres symboliques, qu’utilise la communauté pour la formuler, car les façons de cette formulation prennent une signification en soi . Pourquoi se formerait l’esprit de corps des anges de genre féminin, et que les arabes n’insistent pas sur le mariage dans les mondes des anges et des diables ? Une seule réponse apparait ici et semble probable, car il comprend une énergie qui clarifie, c’est que l’esprit de corps symbolique est une succession de parenté féminine. C’est la représentation  de l’esprit de corps parental de la femme, ce n’est pas une parenté d’échange, qui se fonde sur le mariage, mais une parenté d’alliances, dans laquelle les femmes sont présentes à la place des hommes. Il s’en suit que le monde des divinités est un niveau qui ne se distingue pas du composant général, et il nécessite pour sa continuité une énergie semblable à l’énergie parentale :
« l’énergie linguistique » de même, que l’esprit de corps, consomme le champ de parenté et le décompose, l’esprit de corps symbolique consomme le champ d’expression et disperse son sens de sa signification, et elle ne se détache pas foncièrement du déséquilibre de perception-linguistique.
N’est-il pas attirant l’attention, ou même, étonnant que le coran impute la vénération de statues à une manifestation linguistique : {ce ne sont que des noms, que vous avez imaginé vous et vos pères, que dieu n’en a pourvu d’aucun pouvoir} Najm 23.
Que le nom ne soit pas  objet de transcendance de pouvoir signifie qu’il est dépourvu d’existence, ce que vous avez nommé de divinités ne sont en fin de compte que de simples nominations. Ce qui implique que vous avez nommé des noms dont vous avez transformé le signifiant en signification vide, dont  vous avez éparpillé la signification linguistique.
Ainsi, se crée, au niveau de cet esprit de corps symbolique, une unité composée et transcendante, qui sépare les événements et les créatures, selon les signes astrologiques, qui ne les lient au monothéisme qu’à travers l’ordre de pardon, qui sépare entre la cause et l’attachement suprême et rend les créatures, qui s’y rattachent et leur rattachement à l’ordre de causalité général, unifié.
Voici donc un formé général dont le composant se trouve l’esprit de corps parental, et son apparence essentielle gomme le réseau de parenté, et la perturbation de la langue, une apparence, qui conduit à une tendance générale lente vers l’effondrement, ce qui conduit le groupe à œuvrer en vue de repousser toutes actions de changement temporel…
(Et il dévoile les raisons du renoncement des sociétés primitives à l’histoire). Un certain genre d’unité dégommé nait dans le groupe en formation régissant tout niveau de son échelle d’une façon parfaite qui attribue à chacun de ses niveaux sa spécificité.
Niveau                                    Langue                                   logique/rassemblement
Les divinités                           les noms des divinités              ordre du pardon
Les astres                                prose rimée
L’esprit de corps parental ....................................................Le pèlerinage
Règne animal                           poésie
Ordre végétal                                       les noms totémiques. 

II La représentation « de la lampe magique ».

Le passage du cadre de l’esprit de corps, à la formation générale, dévoile le degré de bassesse de cette observation automatique, qui considère la religion ou les symboles magiques,  une forme de vernis….Comme si l’homme même s’il est  conscient de ses croyances, se trouvait dans  un état schizophrénique, qui le porte à les exploiter dans des desseins de gains économiques ou politiques, ne seraient pas schizophrène, en tant qu’individu ou groupe personnellement,  ou comme si cet état de schizophrénie ou « d’hypocrisie »ne serait pas une situation réelle,  qui traverse les valeurs du groupe, et préside à son champ de perception imaginatif-linguistique.
http://ia601606.us.archive.org/0/items/94574/1516-1992.pdf

dimanche 3 novembre 2013

La pensée politique arabe de Mohamed Abed Jabri (suite 2)

La pensée politique arabe
 de Mohamed Abed Jabri (suite 2)

 Une lecture critique Nadhir Jahel. traduction de la langue arabe.

Primo : « la tribu » de Jabri et le clanisme(asabiya) khaldounien.
Quelle relation lie « la tribu » de Jabri et le clanisme en tant que fondement de la doctrine khaldounienne :
« Par tribu, on entend le rôle qu’attribuent les anthropologues occidentaux à la « parenté » dans l’étude des sociétés « primitives » et les sociétés précapitalistes, et d’une façon générale ce qu’Ibn Khaldoun qualifie de « clanisme » (asabiya) dans l’étude « des caractéristiques de la civilisation » dans l’expérience « arabo-islamique », jusqu’à son époque, et que l’on désigne de nos jours de « clanisme », lorsqu’on parle d’une forme de gouvernement ou d’une pratique  politique ou sociale qui se base «  sur les proches » très proches et éloignés, au lieu de compter sur les compétences et l’expérience, qui jouissent de la confiance des gens et de leur respect ou qui ont une certaine représentativité démocratique libre.
L’on ne prend pas en compte uniquement les proches consanguins réels ou imaginaires, mais également les proches, dans le sens de portée affective de clan, comme d’appartenance à une ville, une région, une secte ou un parti politique, lorsque cette appartenance distingue uniquement « le moi » de « l’autre » dans le domaine politique.
Comment peut-on croire que le degré de parenté ait joué dans toutes « les sociétés primitives », et les sociétés précapitalistes (l’on ne sait pourquoi Jabri mettrait cette dernière entre parenthèses. Est-ce  que ce concept est ici plus précis que les sociétés primitives ?!). Ce que l’appartenance a joué dans l’expérience islamique, jusqu’à son époque, ou ce qu’on désigne de nos jours « clanisme », (est-ce que l’on ne peut concevoir ce qu’il est précisément) son rôle….
Comment peut-on croire qu’un chercheur qui prétend libérer l’esprit politique arabe des « barrières du savoir idéologique » ne s’empêcherait-il pas de placer tout ce qu’a connu l’histoire de l’humanité de formes sociales  « depuis « le déluge » ou avant dans une même classification : les sociétés précapitalistes. Que signifie cette expression, dans ce cas, si ce n’est « l’autre » le non Européen et quelle est la conclusion que souhaiterait tirer Jabri de tout celà, autre que la « déification» de cet Européen dont il nous invite, à la fin de son ouvrage, à appartenir à sa démocratie, annonçant l’échec de l’expérience islamique et le déclin historique de l’islam, comme s’il appartenait à l’individu de changer son appartenance, comme il changerait sa politique ou comme si l’occident « saisirait » une pareille confidence de l’infériorité, qui justifierait la revendication d’intellectuels comme Jabri de leur appartenance à sa civilisation.
L’on est en droit de nous interroger, comment la parenté serait-elle une donnée anthropologique convenue, dans les sociétés primitives ? Quand-est-ce que les anthropologues ont-ils été unanimes pour affirmer que la tribu constitue le noyau de la paternité originaire et dominante dans les sociétés primitives ? Et, puis le différend profond, qui perdure jusqu’à présent, sur le degré d’authenticité prononcé entre la tribu ou le noyau familial, et malgré l’essai de sa solution par Strauss à travers l’atome du rapprochement, ne démontre-t-il pas la querelle qui subsiste entre le degré de parenté biologique et le rapprochement basé sur les échanges qui repose sur l’équilibre ?... L’on reviendra sur cette question, dans notre présentation des transformations qui sont advenues sur les normes du rapprochement sous l’éclairage qui se propage de la logique de l’unicité islamique.
Par ailleurs, est-il vrai, que ces savants sont unanimes pour considérer que le recours aux compétences, est en contradiction constante du recours aux proches et que les tribus n’ont jamais connu la libre représentativité ? Jabri n’a-t-il pas lu les écrits de Pierre Clastres et de Michel Gaucher, nonobstant son degré de véracité ?. La vérité c’est que Jabri nous force à ignorer tout dialogue réel avec la pensée occidentale ou « orientale » qui nous permet par son truchement d’apprendre, car les notions ici restent floues.. Tous les chats pendant la nuit sont noirs et les eaux basses, continuer à avancer en pataugeant dans la boue est pénible mais doit-on poursuivre notre voie ?!.
Nous sommes devant un concept élastique : « la tribu » (entre guillemets), un concept qu’on peut charger de n’importe quelle portée, que peut enjamber Jabri pour naviguer à travers les étapes de l’histoire arabe : l’époque préislamique s’est caractérisée par la prédominance « de la tribu » de même que la Oumma, pendant la propagation du message de l’islam, malgré la force « de la croyance » elle ne s’est formée qu’en tant que cadre qui unit les tribus même si ce cadre la dépasse de quel détail ? on l’ignore)
Sans compter les autres étapes et le nouveau clanisme actuel conséquence « du retour du refoulé » est très beau, comme si le refoulé ne comprenait pas dans la conception freudienne, les penchants intériorisés du subconscient le plus proche de la nature ou, du moins, ne serait pas conservé dans la partie du subconscient ou il s’y confond avec ce qui le rapprocherait de l’instinct.
 De ce fait il est nécessaire  à l’homme de dépenser une énergie psychologique énorme pour la refouler…Est-ce ceci ce qu’entend Jabri : à savoir que « le clanisme » et le « fanatisme religieux » ne peuvent être retirés de la nature de l’Arabe ? le musulman ?...Est-ce là une proposition pour se départir de son identité ou de prêter allégeance….Pour qui ? ces idées n’amenuisent-elles pas le niveau de la concertation et n'appauvrirait-elle pas l’existence même de l’homme interlocuteur ?... Doit-on poursuivre le discours ?
Nous avons espéré que l’ouvrage soit une occasion propice pour une nouvelle lecture de l’exégèse d’Ibn Khaldoun et de l’histoire de l’Islam qui dévoilerait et éclairerait. Et nous voilà devant ce mauvais texte qui nous fait tomber et nous mèner à discuter la forme et la signification des concepts…Mais essayons, malgré cela, et avant de passer directement à Ibn Khaldoun, en vue de critiquer le concept de « clanisme »,  d’utiliser, une dernière fois, le miroir de Jabri, à travers le suivi de ses idées « khaldouniennes », qu’on suppose soutenable et  claire. C'est-à-dire de nous confronter à l’homme sur ses points de force, c'est-à-dire de passer au lien avant de nous tenir aux définitions rapides contenues dans « la pensée politique arabe » et son livre « sectarisme et Etat » dans lequel nous retrouvons une analyse approfondie du concept de sectarisme. Que propose Jabri ici ? ci-après une partie de ce qu’il affirme :
« la base du tribalisme, c’est la disposition naturelle, théorique, qui pousse l’individu à soutenir son proche consanguin, de le  défendre  et le  soutenir et cette tendance est naturelle dans le genre humain depuis sa création ».
« Ce que Dieu a placé dans le cœur de sa créature de compassion et d’engagement, pour défendre leurs congénitaires, et leurs proches, sont  ancrées dans la nature humaine, et permettent  la solidarité et l'identification, ce qui amplifie leur crainte par l’ennemi » .
La question se trouve ici une question de « caractère » ou « de nature humaine » et le clanisme(asabiya) sous cette considération est une manifestation sociale naturelle, dans l'acception qu'elle accompagne la sociabilité humaine liée à la « nature » à l’objet, elle est ainsi une des manifestations identitaires de la vie en société »
Il est clair que les définitions khaldouniennes, du clanisme, dont se suffit ici Jabri, ne dépassent guère des définitions descriptives, introductives qu’Ibn Khaldoun essaye, à travers celles-ci, de démontrer que le clanisme est une donnée naturelle, en vue de la rendre un principe de la sociabilité et de la politique, qu’il utilise pour défendre le pouvoir basé sur la force. Ce qui ne permet pas, réellement, de considérer le clanisme en tant que manifestation sociale « naturelle » ou, que cette considération, fait perdre au concept sa signification et occulte ce que le texte d’Ibn Khaldoun comprend de définition précise. Quelle est cette définition khaldounienne précise du clanisme.
Ecoutons Ibn Khaldoun :
« Comme la vie en société et le clanisme sont, dans le constitué comme un composant, ainsi que le composant de celui en constitution, il ne serait pas utile si ses éléments se neutralisent, il est nécessaire la dominance d’un élément conditionnant sa formation.  Le secret de la conditionnalité, de la prédominance dans le clanisme, et de la nécessité de la conservation de la présidence dans la partie à laquelle elle revient, comme on l’a conclu » quel est ce en formation dont parle Ibn Khaldoun et dont le clanisme forme le composant ?

Secundo : critique du concept de clanisme chez Ibn Khaldoun :

lundi 28 octobre 2013

La pensée politique arabe de Mohamed Abed Jabri (suite 1) Une lecture critique Nadhir Jahel. traduction de la langue arabe.

La pensée politique arabe (suite 1)
de Mohamed Abed Jabri.
Une lecture critique Nadhir Jahel. traduction de la langue arabe.

Jabri, après avoir usé d’emprunts et « l’adaptation » des concepts, Khaldouniens synthétise son approche en choisissant malencontreusement, d’une façon aléatoire, le principe tautologique du phénomène sociologique, dans les sociétés non capitalistes, et l’unité infra et super structurelle, de ces sociétés ainsi que l’importance de la religion, des liens de parenté et d’une relative pondération de l’aspect économique, d’une société à l’autre et d’une époque historique à l’autre.
La référence à Ibn Khaldoun, dans les conclusions qu’il en a tiré, bien qu’elles nous rapprochent de notre patrimoine, ne justifie pas le consensus que nous observons facilement entre son approche tautologique du phénomène sociologique et son étude de cet aspect, dans son cadre général, la civilisation, l’affirmation du rôle du patriotisme ou du lien familial, du prêche religieux dans la construction de l’Etat et des Royaumes d’une part et ce que nous fournit la recherche occidentale moderne et de l’importance qu’elle accorde à cet aspect d’autre part.
Cependant, le retour à la référence d’Ibn Khaldoun se justifie avant tout par la situation sociale qui prévaut dans le monde arabe et dans d’autres pays et qui rend le sujet de l’appartenance tribale, le sectarisme, l’intégrisme religieux fanatique, légitime, souhaité et non décrié, comme ce fut le cas il y a seulement deux décennies.
S’il est vrai que l’analyse du présent nous dévoile les clés pour comprendre le passé, comme l’affirme Marx, il se trouve que le présent du monde arabe qui connait « le retour des frustrations » comme le tribalisme, le sectarisme, « le kharijisme » religieux nous offre les clés du passé si ce n’est les clés essentielles, qui nous remettent à Ibn Khaldoun du fait que ces conclusions qu’il a tiré de son époque, de sa riche expérience politique, qui lui a permis de découvrir les clés du passé, le passé de son présent qui lui ressemble comme l’eau que l’on recueille d’un cours d’eau sont les mêmes.
Jébri utilise cet instrument pour maitriser l’essence de l’histoire et de passer du temps au présent où se rencontrent le temps, le présent et le passé et se ressemblent…l’essence de l’histoire se dévoile sans événements ni des différences (tout est eau avant la création !), l’économie mercantile, le comportement tribal, l’extrémisme religieux.
Ainsi, les concepts Khaldouniens semblent se figer de prime abord au lieu de les formuler à travers une lecture critique de l’Exégèse(Muqaddima) en vue de la charger d’une force qui éclaire ; qui épuise tout ce qu’elle porte d’énergie en vue de faire bouger les concepts qui se trouvent transformés en marionnettes élastiques sans forme, sans borne, qui n’exprime que la haine et le mépris de certains intellectuels, à la religion et l’histoire et sa réduction dans les faits d’actions déviationnistes et de comportements despotiques au nom de la religion ou de la tradition. Ils déversent l’enfant avec l’eau de la baignoire.
L’on peut revenir à Ibn Khaldoun en vue de comprendre le présent et le passé mais la difficulté réside dans l’approche de Jébri des concepts Khaldouniens tout dabord et la possibilité d’éclairer par la méthodologie Khaldounienne l’histoire de l’Islam, notamment la période institutionnelle dont les événements sont relatés dans la doctrine puisée de la vie du prophète.


dimanche 27 octobre 2013

La pensée politique arabe de Mohamed Abed Jabri, Une lecture critique Nadhir Jahel. traduction de la langue arabe.


La pensée politique arabe
de Mohamed Abed Jabri
Une lecture critique
Nadhir Jahel.
« La tribu »  « le butin » « la croyance » trois mots et un nom qui a servi de miroir : Ibn Khaldoun.. j’ai lu l’ouvrage de Mohamed Abed Jabri «  la pensée politique arabe » trois fois recherchant  la sémantique méthodologique logique qu’il utilise pour l’apprendre  et m’enrichir. Je n’ai trouvé qu’un miroir déformant, qui déforme les lignes et qui défigure les images….et trois chapeaux d’apparence maghrébine mais qui se dilatent(s’étirent) : « la croyance » « le butin » et « la tribu » .
1.     Les notions dilatables(étirables)
Jabri commence son ouvrage par une lecture de la pensée occidentale moderne « pour emprunter » quelques notions qui sont de trois  : « l'inconscient politique », « l'imaginaire social » « le domaine politique »
La première notion, « l'inconscient politique », que Jabri  emprunte à «Régis Debray » et  qu’il n’utilise pas avec la même portée ni le même sens,  mais  dans la limite qu’impose (son sujet) qui est très différent du sujet traité par Debray : Debray rédigeait son livre en pensant à la société industrielle européenne, dans laquelle les relations sociales de type tribal et sectaire occupaient une position qui se trouve réellement en deçà de celles que tiennent les  relations économiques évoluées, les rapports de production.
Alors que dans nos sociétés arabes, anciennes et de nos jours,  la situation est presqu’à l’opposé complètement. Les relations sociales de type tribal et sectaire continuent d’occuper une position essentielle et franche dans la vie politique, alors que les relations économiques, les rapports de production, n’influent sur la société que d’une façon relative.
Ainsi, si la fonction de la notion de « inconscient politique » chez Debray est de démontrer ce qui est tribal et religieux dans le comportement politique, dans les sociétés européennes modernes, sa fonction, sera pour nous,  à l’opposé,  de démontrer ce qui est politique dans le comportement  religieux et le comportement tribal dans la société arabe ancienne et moderne(…..)
Aussi, l'inconscient politique, qui forme la pensée politique, ne doit pas être considéré  uniquement en tant que « religieux » et « tribal » qu’on manipule par les convictions religieuses et l’acharnement tribal(….),  ainsi, ce qui constitue la base ici c’est la conviction religieuse et non « le choix politique » ainsi l'inconscient politique pour nous ne se base pas toujours sur la religion, comme en Europe de nos jours au moins, selon Debray, mais l’endoctrinement religieux chez nous domine l'inconscient politique et le couvre, et c’est ce qui transparaît clairement à travers les chapitres de ce livre.
Ce qu’on comprend de ce texte c’est que l’endoctrinement religieux chez nous domine l'inconscient  politique et le couvre, que retient-on de cette assertion ? L’expression inconscient  politique pour Debray relève des accumulations comportementales du passé, et signifie quelque chose, même si c’est une appréciation, malgré les fortes réserves que l’on doive exprimer devant cet évolutionnisme brut, mais chez Jébri qu’est-ce qui domine quoi, ou pourquoi domine  un quelconque niveau de la réalité sur d’autres niveaux et « le politique » ainsi que « le religieux » n’ont connu, à son avis, aucune  différenciation ou  changement  réel, lui qui reprend avec Ibn Khaldoun : le passé ressemble à celui  qui pompe   l’eau de l’eau. Il est étonnant  de comprendre comment  quelqu’un utiliserait des notions « d’emprunt » qu’il « conjugue » avant d’utiliser !.
La deuxième notion « l’imaginaire social » il « l’emprunte » à Pierre Ansart qui à son tour l’emprunte à Max Weber (de celui qui possède au démuni)((من المالك إلى الهالك
(Par l'expression « imaginaire social », on désigne l'ensemble des représentations imaginaires propres à un groupe social : les mythes, les croyances cosmiques et religieuses, les utopies. On suppose que cet ensemble, générateur de significations, participe à la vie commune, aux pratiques sociales : ce sont ces liens, ces implications du symbolique dans les pratiques qui retiennent particulièrement l'attention des analystes du social).
De quelle façon  œuvre Jabri  en vue d’intégrer dans son milieu pour étayer son sujet  ? citation : « Notre imaginaire social arabe est l’édifice imaginaire plein de notre capital de réalisations, de victoires et de souffrances, et dans lequel se trouve un grand nombre de nos héros du passé comme Chanfari, Emrououl Kaies, Amr Ibn Kalthoum, Hatem Taâï, Aal Yesser, Omar Khattab, Khaled Ibn Oualid, Hussein et Omar Ibn Abdelaziz, Haroun Rachid, les milles et une nuit(…..), à côté des héros des temps présents….. » Ainsi s’opère l’intégration dans le milieu du concept. L’on remplace l’image de Saint Louis par Hussein et Lincoln par Ibn Abdelaziz….Ainsi les notions ne deviennent –elles pas des chapeau qu’on fait porter ou des représentations de la lampe magique d’Aladin ?!
La troisième «  le domaine politique » qui se trouve « enjolivé » entre parenthèses « qu’emprunte » Jabri de l’un des professeurs des sciences sociales Bertrand Badie « l’Etat importé, l’occidentalisation de l’ordre politique » qu’il critique pour affirmer qu’on n’a pas à construire une église en Islam pour qu’on l’abandonne en vue de favoriser le progrès de notre société et que Weber se trompe : « ainsi l’économie capitaliste se trouve redevable, dans une large mesure, à son apparition au protestantisme. Et si on retient la mesure inverse, comme c’est le cas pour Badie, se fondant sur la théorie de Weber, on imputerait la non apparition du capitalisme, dans le monde arabe et islamique, au fait qu’il n’ait pas connu une réforme religieuse du type que l’Europe a connu avec Luther, cette affirmation conditionne l’apparition du capitalisme à l’introduction de réformes de la religion du genre opéré par Luther et Calvin. Et ceci,  que d’aucun n’ait  affirmé, l’exemple du Japon contredit ce préjugé. Mais, il se trouve qu'on inverse l’affirmation en soutenant que la morale protestantiste n’a pas été la cause de l’esprit capitaliste et, qu’elle en a été la résultante de l’évolution économique dans un sens capitalistique.
L’on ne peut comprendre comment l’exemple du Japon contredit-il cette assertion, si le capitalisme au Japon est la résultante d’une intégration entre les valeurs capitalistiques qui sont nées en occident et les valeurs traditionnelles japonaises, même si l’on infirme l’affirmation de Weber, comment justifier la considération de la justesse de l’affirmation marxiste….l’on est en droit de nous poser la question si l’on devait analyser cette question, car Jabri ne manque pas d’affirmer que l’on ne peut distinguer dans les sociétés pré capitalistes entre les superstructures et les infrastructures et de là entre le religieux, l’économique et le politique : « l’une des caractéristiques de l’ordre capitalisme est qu’il rend la société dans laquelle il se développe se diviser en deux structures : une infrastructure ou la base économique dont l’industrie constitue l’ossature, et une superstructure formée par les organismes étatiques et ses institutions et l’idéologie qui s’y rattache. Alors que les sociétés, dans lesquelles la situation n’a pas évolué au « stade » du capitalisme ne connaissent pas cette différenciation entre les deux structures, mais ce qui prévaut c’est la confusion de leurs éléments qui font que la société forme l’image d’une construction totale unique. C’est la caractéristique des sociétés qui sont désignées sous l’appellation dans le jargon politique et social moderne «  les sociétés précapitalistes ». Sujet qui nécessite un examen approfondi…….
Ici, l’on découvre l’impossibilité du dialogue avec l’auteur et d’avouer notre incapacité, car comment prévaudrait la religion sur le politique et l’économique(le butin) Page 4 et il se confond avec le politique dans un autre § de la  même partie (les sociétés pré capitalistes).

(A suivre )

mercredi 11 septembre 2013

Un mardi, 11 septembre 2001 à Beijing.

Le 11septembre 2001, j'assumais la fonction de Chargé d'Affaires à l'Ambassade de Tunisie à Beijing, dans l'attente de l'arrivée d'un nouvel Ambassadeur.
La journée de travail finissait à 17Heures, locale, vers 18 Heures je suivais sur TV5 une série policière, lorsqu'en haut de l'écran on plaçait la transmission relayée, sur les télévisions américaines de la première tour du WTC, en fumée, bientôt les programmes habituels ont été abandonnés , en faveur de la retransmission du commentaire de France 2, David Pujadas, couvrait l'événement, lorsque la deuxième tour est atteinte , l'Amérique sous attaque, le Pentagone est également touché par un troisième avion, l'avion qui devait atteindre la Maison Blanche détourné de sa cible, grâce à la résistance de ses passagers, et finira par s'écraser, sans atteindre sa cible.
Le Président Georges  Walker Bush, qui visitait une école lors des événements, était approché par les agents de la sécurité, qui lui ont soufflé la nouvelle, choqué, ébahi, il resta figé un moment, en état de choc, sous l'effet de surprise, et de l'énormité de l'affront subi par les Etats Unis, sous sa présidence.
A sa première intervention télévisée, il n'a pas manqué de mettre à l'index accusateur, en  identifiant les auteurs de l'agression, Al Qaida, Ben Laden et Saddem  Hussein sont nommément désignés, la guerre contre le terrorisme est lancée.
En Chine, la réunion d'urgence du Conseil des Ambassadeurs Arabes, dans la capitale chinoise, devait examiner les tenants et aboutissants de l'événement, la Chine était-elle impliquée, les répercussions sur les relations des Etats Unis avec le monde arabe, un nouveau monde, une nouvelle page de l'histoire est entamée, devait on apprécier.
Mustapha Safarini, Ambassadeur de l'Autorité Palestinienne, ne devait pas nous cacher son étonnement de voir, une large frange de l'opinion chinoise le contacter pour le féliciter de cette "prouesse inégalée", qu'ils ont cru le fait d'éléments de la résistance palestinienne, qui vengeait à leurs yeux l'affront subi par l'accident qui a occasionné, le 1er avril 2001 l'écrasement d'un avion de chasse Chinois, dans les eaux territoriales de ce pays, et la mort de son pilote.
La crise qui s'ensuivit de la capture  de l'avion américain et de son équipage, pendant onze jours, suite à sa descente en catastrophe, en territoire chinois,  et qui a  provoqué l'accident, en opérant une manoeuvre d'intimidation de l'avion de chasse chinois, n'était pas décantées et les traces profondes entachaient les relations, des deux grandes puissances, laissant perdurer un climat d'insécurité, dans les relations internationales.
L'Ambassadeur irakien Bassam Salih Kubba, très courtois, présent à la réunion, devait par la suite assumer la charge de Vice Ministre des affaires étrangères irakien, dans le gouvernement de transition, il fut assassiné en juin 2004, suite à un attentat perpétré après l'invasion américaine de l'Irak, et la chute du pouvoir baâthiste, dans ce pays.